Septembre arrive, la planche libérée par les haricots ou les courgettes est vide, et il reste un paquet de plants de poireau au fond du jardin ou chez le pépiniériste. La tentation est forte, mais la saison est déjà bien avancée. Voyons ce qui est réaliste, selon votre région et le type de poireau.
Peut-on planter des poireaux en septembre ? La réponse courte
Oui, c’est possible, mais seulement sous conditions. La plantation de septembre fonctionne bien en climat doux (façade atlantique, bassin méditerranéen, régions à automne tardif), avec des plants déjà bien développés et une reprise surveillée. En région froide ou en altitude, mieux vaut s’abstenir : le poireau n’aura pas le temps de s’enraciner avant les premières gelées.
La période idéale pour le repiquage reste de juin à août. Un poireau planté en septembre dispose de moins de temps pour grossir, et il donnera souvent des fûts plus fins, plus proches du poireau « baguette » que du gros poireau de marché. Ce n’est pas un échec, à condition de l’accepter dès le départ.
Planter en septembre ou attendre le printemps ?
| Planter en septembre si… | Attendre le printemps si… |
|---|---|
| Votre automne est doux et les premières gelées arrivent après novembre. | Les nuits descendent sous 0 °C dès octobre. |
| Les plants ont déjà l’épaisseur d’un crayon et des racines bien blanches. | Les plants sont chétifs, jaunis ou tout juste sortis de semis. |
| Vous pouvez poser un voile d’hivernage ou un petit tunnel. | Votre sol reste détrempé en hiver, ce qui favorise la pourriture. |
| Vous visez une récolte de fin d’hiver ou de printemps, en petit calibre. | Vous voulez de gros poireaux pour l’automne. |
Quel calendrier de semis et de plantation pour les poireaux ?
Pour comprendre pourquoi septembre est tardif, il faut regarder le rythme du poireau. Le semis se fait entre février et mai, puis il faut compter environ trois mois avant le repiquage. Ensuite, la culture demande encore plusieurs mois en pleine terre pour donner des fûts corrects.
Tout dépend du type de poireau. Les poireaux d’été, à croissance rapide, se sèment sous abri dès février-mars et se repiquent en mai-juin pour une récolte d’août à octobre. Les poireaux d’automne se sèment en mars-avril, se repiquent en juin-juillet et se récoltent d’octobre à décembre. Les poireaux d’hiver, plus rustiques, se sèment en avril-mai, se repiquent en juillet-août et restent au jardin jusqu’en mars.
Un repiquage de septembre se rattache donc à la fin du cycle des poireaux d’hiver, avec un retard d’un mois ou deux. Les poireaux d’été, eux, n’ont aucun intérêt à être plantés à cette date : ils supportent mal le froid et ne finiraient pas leur croissance.
Gel après repiquage : le point de vigilance numéro un
Un poireau adulte et bien installé résiste à des gelées sévères. Un plant fraîchement repiqué, aux racines encore courtes, est bien plus fragile. Dès que les prévisions annoncent des nuits froides, couvrez la planche avec un voile d’hivernage, même léger, pendant les trois ou quatre premières semaines.
Préparer le sol et choisir des plants adaptés à une plantation tardive

En septembre, on ne sème pas : on achète ou on récupère des plants déjà élevés. Choisissez des plants droits, d’un vert franc, avec un collet de la grosseur d’un crayon et des racines blanches et nombreuses. Évitez les plants longs et filiformes, montés en feuilles, qui s’épuisent avant de reprendre.
Côté variétés, privilégiez les poireaux d’hiver rustiques comme le Bleu de Solaize, qui encaisse bien le froid, ou une variété d’automne vigoureuse comme le Monstrueux de Carentan si votre climat est clément. Les variétés très tardives, conçues pour être plantées plus tôt, auront du mal à rattraper leur retard.
Le poireau aime un sol frais, meuble, profond et riche en matière organique. Un apport de compost bien mûr au moment de la préparation de la planche suffit pour la fertilisation, car le poireau est gourmand mais n’apprécie pas le fumier frais. Griffez la terre en profondeur, retirez les cailloux et vérifiez que l’eau ne stagne pas.
Pensez aussi à la rotation des cultures. Ne replantez pas de poireaux après un oignon, un ail ou une échalote (pour le calendrier de plantation des oignons blancs, voir notre guide dédié), et attendez trois à quatre ans avant de revenir sur la même parcelle. En revanche, une planche libérée par des légumineuses, des courges ou des laitues convient très bien. Carottes, céleris et fraisiers font de bons voisins.
Planter et arroser correctement les poireaux
La technique classique reste la plus fiable, même en plantation tardive. Raccourcissez légèrement les racines et le tiers supérieur des feuilles pour limiter l’évaporation, puis faites un trou de 10 à 15 cm de profondeur avec un plantoir. Glissez le plant à l’intérieur sans reboucher : l’arrosage se chargera de refermer la terre autour des racines.
Pour l’espacement, comptez 10 à 15 cm entre les plants et 25 à 30 cm entre les rangs. En septembre, un écart de 10 cm suffit puisque les poireaux resteront de petit calibre. La plantation en rigoles, dans un sillon de 10 à 15 cm de profondeur, facilite le buttage ultérieur, mais elle retient aussi l’eau : réservez-la aux sols bien drainés.
L’arrosage conditionne la reprise. Arrosez abondamment juste après la plantation, puis régulièrement pendant les deux premières semaines, sans détremper. Ensuite, l’humidité de l’automne prend souvent le relais. Un léger paillage de tontes sèches ou de feuilles mortes garde la fraîcheur au pied et protège un peu du froid.
Entretien, protection et récolte jusqu’à l’hiver

Le poireau demande peu de soins une fois installé. Un binage léger et un désherbage régulier suffisent, car ses racines superficielles supportent mal la concurrence. Le buttage se fait en remontant doucement la terre contre les fûts pour les blanchir, mais en plantation tardive, une ou deux fois suffisent.
Les principaux ravageurs à surveiller sont la teigne du poireau et la mouche mineuse, dont les larves creusent les feuilles, ainsi que le thrips. Un voile anti-insectes posé dès la plantation limite nettement les dégâts. La rouille, qui forme des pustules orangées sur les feuilles, apparaît avec l’humidité d’automne : retirez les feuilles atteintes et évitez de planter trop serré.
Pour la récolte, ne comptez pas sur des poireaux prêts en novembre. Les plants repiqués en septembre se récoltent plutôt de février à avril, en petit calibre, et supportent bien d’attendre au jardin. Les poireaux se conservent en pleine terre jusqu’à ce que le besoin se présente. Une fois arrachés, ils tiennent quelques jours au frais dans le bac à légumes ou une dizaine de jours en cave humide, racines dans un peu de terre.
Si vos plants sont fragiles, si le gel s’annonce tôt ou si votre terrain reste lourd et humide, rien ne vous oblige à forcer. Repiquer à la fin de l’hiver, ou refaire un semis au printemps pour planter en juin, donnera de meilleurs résultats qu’un repiquage tardif subi.





